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Les ingénieurs et l’éthique

Chacun se félicite que les médecins, les avocats ou encore les journalistes soient tenus à un serment professionnel. Mais pourquoi seraient-ils les seuls ?

De plus en plus l’éthique devient un sujet de préoccupation dans le domaine des sciences et techniques, et pour toute la profession des ingénieurs qui est confrontée à des problématiques comme comme la pollution, les risques techniques, les inégalités sociales…
Les ingénieurs doivent faire face à une technologie qui occupe une part grandissante dans notre vie quotidienne et influence considérablement nos sociétés. Son impact est porteur de progrès, mais également de risques non négligeables.

Albert SCHWEITZER
Les pays anglo-saxons ont été les premiers en 1910 à se soucier d’éthique en demandant à leurs ingénieurs de se montrer loyaux envers leurs clients. A la fin de la seconde guerre mondiale sont apparues des préoccupations portant sur la sécurité et la santé du public.

En 1974, c’est le licenciement de plusieurs salariés ayant alerté de malfaçon sur le système de freinage du réseau ferré BART qui fera naître la notion de désobéissance et de divulgation des actes irresponsables mettant en jeu la santé ou la sécurité publique. En 2002, et à la suite d’autres scandales du même ordre, cette notion de dénonciation d’actes répréhensifs professionnels entre dans le domaine législatif aux Etats-Unis avec le Whistleblower’s Protection Act.

En France, il existe également des droits veillant à assurer l’exercice de la responsabilité : le droit de parole, le droit d’intervention, le droit d’alerte, le droit de retrait et le droit d’opposition. Certains actes tels que le harcèlement sexuel ou moral, la corruption, le travail des enfants, la sécurité, les alertes dans le domaine environnemental… sont  déjà identifiés ; et des acteurs sociaux, comme la CFDT, réfléchissent au concept de « droit de démission légitime ».

Depuis 2001, le CNISF – Conseil National des Ingénieurs et des Scientifiques de France – s’est ainsi doté d’une Charte éthique de l’ingénieur afin d’encadrer la profession des ingénieurs, et on note aujourd’hui un véritable engagement des entreprises françaises sur les questions de déontologie ; celles-ci étant dorénavant traitées au plus haut de la hiérarchie, même si la terminologie reste très variée : code, charte, guide de bonnes pratiques…

Depuis plusieurs années, Christelle Didier, docteure en sociologie, s’interroge sur l’éthique dans l’entreprise. Maître de conférences au Département d’éthique de l’université catholique de Lille depuis 1993, elle enseigne également la déontologie professionnelle, l’éthique en entreprise (en particulier l’alerte éthique), la responsabilité sociale des entreprises et le développement durable dans des écoles d’ingénieurs de commerce, dans des Masters de gestion, de sciences et de droit.

Elle a récemment co-animée, avec François Fayol, Secrétaire Général de la CFDT Cadres et spécialiste de la question de la responsabilité professionnelle, le 16ème séminaire de l’Observatoire des Cadres, sur le thème : Les ingénieurs et l’éthique – Un regard sociologique, dont un compte-rendu sera bientôt disponible.

L’étude que Christelle Didier a réalisé en 2000 auprès de 4000 ingénieurs français a permis de mettre en évidence divers comportements ou opinions  :

  • Sur la perception des problématiques liées au travail des enfants et la sécurité : un consensus se dégage parmi les ingénieurs interrogés.
  • Sur la notion de lanceur d’alerte et d’objection de conscience : ces mêmes ingénieurs se montrent très partagés quant à ce concept.
  • Sur d’autres thèmes tels que les licenciements boursiers, l’acceptation de cadeaux des fournisseurs, la surveillance des salariés à leur insu… : leurs opinions varient également considérablement.

Sur ces sujets, Christelle Didier a observé que la convergence des idées était assez nette entre les ingénieurs votant à gauche ou militants syndicaux, et les ingénieurs catholiques pratiquants. A noter par ailleurs, que seul 1% des ingénieurs déclaraient alors voter pour des extrêmes.

Références :

Christelle Didier est l’auteure de plusieurs ouvrages portant sur le regard que posent les ingénieurs sur les relations entre sciences, techniques et société, et sur la connaissance de l’univers des représentations d’un groupe social en pleine mutation, ainsi que sur ses attitudes politiques et sociales.

  • « Les ingénieurs et l’éthique. Pour un regard sociologique » – Christelle Didier – Hermès – Lavoisier – 2008
  • « Penser l’éthique des ingénieurs » – Christelle Didier -  Presses universitaires de France – 2008

François Fayol, secrétaire général de la CFDT Cadres, a rédigé en 1998 « Le guide de référence pour les chefs de service et l’encadrement du ministère de l’Equipement, Responsabilité et déontologie ».

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